L’IEEPI est actuellement engagé, aux côtés des équipes du PUI-Alsace, dans un plan d’actions déployé sur plusieurs mois pour renforcer les compétences des chargés d’innovation du PUI et sensibiliser l’ensemble des acteurs de l’écosystème de recherche aux enjeux de la propriété intellectuelle : directeurs d’unités de recherche, chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants et personnels d’appui à la valorisation.

Dans ce cadre, Anne Grouselle, directrice générale de l’IEEPI, revient sur les objectifs de cette démarche, les enjeux de la propriété intellectuelle dans la recherche académique et les premiers travaux engagés avec le PUI-Alsace pour installer les bons repères, au bon moment, au service de la recherche, de la valorisation et de l’impact.

Les Pôles universitaires d’innovation, de quoi parle-t-on exactement ?

Les Pôles universitaires d’innovation, ou PUI, sont des dispositifs territoriaux créés dans le cadre de France 2030 pour accélérer la transformation des résultats de la recherche publique en innovations utiles à la société, à l’économie et aux territoires. Leur ambition est très concrète : fluidifier les relations entre laboratoires, universités, organismes nationaux de recherche, SATT, incubateurs, entreprises et acteurs publics de l’innovation.

Il ne s’agit pas seulement de “faire plus de valorisation”. Il s’agit de mieux accompagner les chercheurs, de rendre les dispositifs plus lisibles, de détecter plus tôt les potentiels d’innovation, et de créer les conditions pour que les connaissances produites dans les laboratoires puissent devenir des solutions, des usages, des technologies, des services, des collaborations ou des créations d’activité.

En France, les PUI constituent aujourd’hui un levier important de la politique nationale d’innovation. Ils s’inscrivent dans une dynamique de souveraineté, d’impact et de compétitivité, avec une idée forte : la recherche publique est un moteur d’avenir, à condition que les bons relais soient mobilisés au bon moment.

Pourquoi la propriété intellectuelle est-elle un enjeu central dans ce dispositif ?

Parce que la propriété intellectuelle est l’un des passages obligés entre la connaissance et l’impact. Elle ne se réduit pas au brevet, même si le brevet reste un outil important. Dans la recherche, la PI concerne aussi les logiciels, les bases de données, les savoir-faire, les cahiers de laboratoire, les marques, les contrats, les publications, les résultats non encore divulgués, les méthodes, les prototypes, les créations ou encore les données, bref… une constellation de droits de propriété intellectuelle qu’il faut savoir mobiliser au plus tôt dans la chaîne de valeur de l’innovation.

La PI intervient ainsi à des moments très sensibles : avant une publication, avant une communication en colloque, avant un dépôt sur une plateforme, avant une démonstration à un partenaire, avant la signature d’un NDA ou d’un contrat de collaboration. Si le réflexe n’est pas installé suffisamment tôt, certaines possibilités de protection ou de valorisation peuvent être fragilisées, voire perdues.

L’enjeu n’est donc pas de transformer les chercheurs en juristes ou en spécialistes des brevets. L’enjeu est de leur donner les bons repères : savoir identifier une situation à risque ou à potentiel, savoir quand alerter, savoir vers qui se tourner, comprendre que la PI peut protéger, sécuriser, donner de la visibilité, soutenir une collaboration, permettre une licence, accompagner une création de start-up ou renforcer l’impact sociétal d’un résultat de recherche. Il s’agit également de rendre plus lisible l’écosystème d’appui qui les entoure : chargés d’innovation, services de valorisation, SATT, juristes, spécialistes PI, acteurs du transfert et partenaires de l’innovation.

Que fait l’IEEPI dans le cadre du PUI-Alsace ?

L’IEEPI accompagne le PUI-Alsace sur un dispositif de sensibilisation et de formation à la propriété intellectuelle, construit au plus près des besoins du terrain. L’objectif est double.

D’abord, sensibiliser les chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants et directeurs d’unités de recherche aux bons réflexes PI. Il s’agit de diffuser des messages simples, utiles, concrets, adaptés à la diversité des disciplines et directement reliés aux situations de recherche.

Ensuite, renforcer les compétences des chargés d’innovation et des acteurs de l’accompagnement, qui sont souvent les premiers interlocuteurs des chercheurs. Ce sont eux qui détectent, orientent, rassurent, questionnent, accompagnent et font le lien avec les services compétents. Leur rôle est absolument stratégique.

Nous travaillons donc sur une logique complète : sensibiliser largement, former les relais, construire des outils réutilisables et créer une culture commune autour de la PI comme levier de recherche, de valorisation et d’impact.

Vous avez présenté un premier module-test le 27 mai dernier. Quel en était l’objectif ?

Le 27 mai, j’ai proposé un premier module-test de sensibilisation à la propriété intellectuelle dans le cadre du PUI-Alsace. Cette séquence a été présentée devant un comité associant plusieurs acteurs majeurs de l’écosystème régional de recherche et de valorisation : Université de Strasbourg, Université de Haute-Alsace, SATT Conectus, CNRS, INSA, ENGEES, représentants de la recherche, de la valorisation, de l’innovation et du pilotage du PUI-A.

L’objectif n’était pas seulement de “présenter” un contenu. Il s’agissait de tester un format, un niveau de langage, une progression pédagogique, des messages clés et une manière de rendre la propriété intellectuelle parlante pour des publics de recherche.

Les échanges qui ont suivi ont été particulièrement riches. Ils ont permis de confirmer plusieurs points essentiels : la nécessité de rappeler la diversité des actifs de PI ; l’importance des cahiers de laboratoire ; le besoin d’expliquer très concrètement les risques liés à la divulgation ; la nécessité de montrer à quel moment prendre contact avec les bons interlocuteurs ; l’intérêt de témoignages de chercheurs ; l’importance d’adapter les exemples aux différents champs disciplinaires, y compris les sciences humaines et sociales ; et le besoin de formuler des messages motivants, pas seulement préventifs.

Quel est le message principal à faire passer aux chercheurs ?

Le message central est simple : la propriété intellectuelle n’est pas un frein à la recherche. C’est un outil de discernement, de sécurisation et d’impact.

Il faut sortir de l’idée selon laquelle la PI arriverait à la fin, une fois que tout est prêt. En réalité, elle doit être pensée dès les premières étapes d’un projet, non pas pour bloquer la publication ou ralentir les travaux, mais pour préserver les options possibles. Publier, protéger, garder secret, collaborer, transférer, licencier, créer une entreprise, ouvrir sous conditions : toutes ces voies peuvent être pertinentes, mais elles ne se décident pas dans l’urgence.

La PI est aussi une activité collective. Le chercheur n’est pas seul. Il existe des chargés d’innovation, des services de valorisation, des juristes, des SATT, des spécialistes PI, des experts métiers. Le bon réflexe n’est pas de tout savoir. Le bon réflexe est d’identifier, d’alerter, de documenter et de solliciter les bons interlocuteurs au bon moment.

Pourquoi cette sensibilisation est-elle aujourd’hui incontournable ?

Parce que les chiffres montrent que la recherche publique est au cœur de l’innovation européenne. Les études récentes de l’Office européen des brevets, notamment avec Fraunhofer, soulignent le rôle croissant des universités et organismes publics de recherche dans les dynamiques de brevet, de transfert et de création de valeur.

Mais ces études montrent aussi un enjeu majeur : le passage de l’invention à l’impact ne va pas de soi. Il suppose des compétences, des relais, une stratégie, une organisation et une culture partagée. C’est précisément là que la formation et la sensibilisation ont un rôle déterminant.

Dans les laboratoires, beaucoup de situations se jouent très tôt : une discussion avec un partenaire, une présentation en congrès, un poster, un rapport de thèse, une publication, un partage de données, un code logiciel, une invention expérimentale, une preuve de concept. Sans repères simples, les bons réflexes peuvent arriver trop tard.

Quelles sont les prochaines étapes pour le PUI-Alsace ?

Deux interventions sont prévues fin juin et début juillet auprès des directeurs d’unités de recherche et des chercheurs. Ces temps de sensibilisation permettront d’installer les premiers messages clés : la diversité des actifs, les moments de vigilance, les bons réflexes avant divulgation, le rôle des interlocuteurs de l’écosystème et l’importance d’une approche stratégique de la PI.

En parallèle, nous allons travailler avec les chargés d’innovation à la construction d’une véritable mallette pédagogique. L’objectif est de leur fournir des supports, des exemples, des cas pratiques, des messages structurés, des repères visuels et des outils d’animation leur permettant d’accompagner les chercheurs au plus près de leurs champs technologiques et de leurs problématiques quotidiennes.

Cette mallette devra être opérationnelle, évolutive et appropriable. Elle ne sera pas un simple support descendant. Elle doit devenir un outil de terrain, au service du dialogue entre chercheurs et accompagnants.

Comment l’IEEPI construit-il ce type de dispositif ?

Notre méthode repose sur trois principes : écoute, adaptation et ingénierie pédagogique.

Nous partons des besoins réels, des publics, des contraintes de temps, du niveau de maturité, des irritants et des objectifs stratégiques. Nous construisons ensuite des formats adaptés : intervention courte, module de sensibilisation, formation approfondie, formation de relais, atelier, mallette pédagogique, parcours complet.

Dans le cadre du PUI-Alsace, nous mobilisons également des experts pour enrichir la démarche, sécuriser les contenus et apporter des éclairages spécialisés selon les sujets : brevet, logiciel, données, contrats, valorisation, innovation, stratégie PI, transfert de technologie.

C’est ce qui fait la spécificité de l’IEEPI : nous ne proposons pas un contenu standard plaqué sur une organisation. Nous construisons une réponse sur mesure, en lien avec les enjeux de management, de stratégie, de montée en compétences et de transformation des pratiques.

Ce dispositif pourrait-il être reproduit ailleurs ?

Oui, très clairement. Ce que nous construisons avec le PUI-Alsace peut être adapté rapidement à d’autres PUI, à des universités, à des organismes nationaux de recherche, à des écoles, à des SATT ou à tout écosystème souhaitant renforcer les compétences PI de ses équipes.

Chaque territoire a ses spécificités, ses disciplines fortes, ses acteurs, ses circuits de décision, ses priorités stratégiques. Mais les enjeux de fond sont largement partagés : mieux sensibiliser les chercheurs, rendre la PI plus accessible, renforcer les relais internes, sécuriser les collaborations, favoriser la valorisation, accompagner l’impact.

L’IEEPI peut intervenir à plusieurs niveaux : conception de dispositifs, animation de modules, formation de formateurs, création de supports pédagogiques, accompagnement des chargés d’innovation, structuration de parcours ou appui à une stratégie globale de montée en compétences.

Un dernier mot sur cette collaboration avec le PUI-Alsace ?

Nous sommes très reconnaissants de la confiance accordée à l’IEEPI dans le cadre de cette démarche. Le PUI-Alsace porte une ambition forte : faire de l’innovation issue de la recherche un levier concret de développement, de rayonnement et d’impact.

Notre rôle est d’y contribuer avec ce que nous savons faire : rendre la propriété intellectuelle plus claire, plus stratégique, plus accessible et plus utile pour celles et ceux qui produisent, accompagnent et valorisent la connaissance.

La PI n’est pas seulement une affaire de protection. C’est une affaire de stratégie, de transmission, de coopération et de passage à l’action. C’est exactement dans cet esprit que nous souhaitons poursuivre ce travail aux côtés du PUI-Alsace.