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Paroles d’experts – Julien Pénin

Publié le mardi 26 mai 2015

Paroles d’experts : Julien Pénin.

L’IEEPI donne la parole à ses experts, aujourd’hui Julien Pénin, Professeur en sciences économiques à l’Université de Strasbourg (FSEG / BETA) et à l’IEEPI.

« Il ne faut pas aborder l’innovation ouverte de manière naïve en pensant que l’entreprise va perdre tout contrôle sur le processus d’innovation. Il est plus pertinent de voir l’innovation ouverte comme un processus de co-opétition c’est-à-dire alliant des phases de collaboration et de concurrence. »

Julien Pénin bouscule les idées reçues sur l’Innovation ouverte (Open innovation) !

 

Le concept d’innovation ouverte est aujourd’hui utilisé dans des situations et des contextes pourtant souvent très différents. Cela ne contribue-t-il pas à le galvauder ?

Il est vrai que l’innovation ouverte est par bien des aspects un concept un peu fourre-tout dans lequel on peut presque tout faire rentrer pour peu que l’entreprise ne soit pas complètement repliée sur elle-même (ce qui arrive de plus en plus rarement). Cela a amené de nombreux chercheurs à questionner son intérêt et, en tous les cas, son originalité (certains l’ont qualifié de « vieux vin dans des bouteilles neuves »). Il n’en reste pas moins des choses très intéressantes. Le rôle des TIC par exemple est en train de révolutionner la manière dont les entreprises s’ouvrent et interagissent. Les communautés, d’utilisateurs en particulier, sont de manière croissante impliquées dans le processus d’innovation. Cela m’a conduit, avec des collègues, à introduire la notion « d’innovation ouverte 2.0 » afin de bien distinguer ce qui se passe aujourd’hui des modalités d’innovation ouverte plus anciennes, qui étaient souvent moins ouvertes et moins interactives.

En parlant des TIC et d’internet, on entend souvent dire qu’ils favorisent les relations directes et la désintermédiation. En est-il de même en ce qui touche à l’innovation ?

A priori non. Au contraire même. L’essor de l’innovation ouverte est accompagné par l’émergence d’un grand nombre d’intermédiaires de l’innovation ouverte, des plateformes de réseautage, des courtiers, des cabinets conseils, etc. Il semble ainsi que la pratique de l’innovation ouverte ne soit pas forcément naturelle et sans risque pour les organisations, qui doivent ainsi souvent avoir recours à des intermédiaires afin de les aider et, également, de sécuriser les interactions avec l’extérieur. Les entreprises qui pratiquent le crowdsourcing (« l’externalisation à la foule »), par exemple, vont ainsi très souvent passer par une société d’intermédiation telle qu’Innocentive pour gérer leur rapport à la foule. De même, les entreprises qui échangent des brevets sur des marchés des technologies passent généralement par des plateformes intermédiaires et des sociétés conseils (des courtiers en brevet en quelques sortes). L’essor de ces intermédiaires de l’innovation est une caractéristique marquante qui devrait se poursuivre dans les années à venir.

N’est-il pas paradoxal d’associer innovation ouverte et propriété intellectuelle (brevet en particulier), cette dernière offrant quand même un droit d’exclusion aux innovateurs ce qui semble difficilement compatible avec l’ouverture ?

Mais pas du tout ! Un brevet est un droit exclusif, mais l’exclusion n’a pas besoin d’être effective. L’innovation ouverte est souvent risquée pour les organisations qui la pratiquent. S’ouvrir peut accroître les risques de fuite d’information, de pillage technologique, notamment par des collaborateurs peu scrupuleux. Aussi, la contractualisation de l’ouverture et la protection, en particulier grâce aux brevets, sont souvent nécessaires afin de faciliter l’innovation ouverte. Comme le dit l’adage économique célèbre, « les bonnes clôtures font les bons rapports de voisinage ». Autrement dit, il est toujours plus facile de s’ouvrir et d’interagir avec les autres lorsque l’on est protégé par des brevets solides. Lors d’une collaboration bilatérale, par exemple, le brevet permet de protéger les technologies et connaissances développées antérieurement à la collaboration (« le background »), ce qui réduit les risques de pillage et facilite la collaboration. Il ne faut pas aborder l’innovation ouverte de manière naïve en pensant que l’entreprise va perdre tout contrôle sur le processus d’innovation. Il est plus pertinent de voir l’innovation ouverte comme un processus de co-opétition c’est-à-dire alliant des phases de collaboration et de concurrence.

Le brevet est donc un instrument indispensable à la pratique de l’innovation ouverte ?

Oui, mais cela ne signifie pas que tout soit parfait. Il reste des points à améliorer. Pour que les clôtures facilitent les relations de bon voisinage il faut qu’elles soient claires et compréhensibles. Chacun doit pouvoir dire sans ambiguïté ce qui est à lui et ce qui est à son voisin. Ce n’est pas toujours le cas avec les brevets dont les frontières, i.e. le périmètre de protection, sont parfois difficiles à identifier ex-ante. Le grand nombre de brevets déposés dans certains secteurs (par exemple, les télécommunications, l’électronique, etc.) accroît encore ce problème de lisibilité de l’information brevet. Il peut ainsi être très compliqué pour une entreprise industrielle de réaliser une étude de liberté d’exploitation exhaustive. Le risque d’oublier des titres pertinents est énorme aujourd’hui. Cette incertitude est préjudiciable à l’innovation ouverte. Elle nourrit les phénomènes récents de trolls de brevets ainsi que la multiplication des litiges. L’idéal serait ainsi de tendre vers une situation avec moins de brevets et des brevets plus facile à comprendre et à interpréter.

 

Pour en savoir plus et aller plus loin, l’IEEPI et Julien Pénin vous proposent la formation suivante :

Open-innovation, crowdsourcing et PI

 

 

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Auteur : Julien Penin – Professeur en Sciences Economiques à l’Université de Strasbourg et à l’IEEPI – Membre du BETA (Bureau d’Economie Théorique et Appliqué).

Julien Pénin est Professeur à l’Université de Strasbourg et enseigne dans les Masters « Stratégies de PI et Innovation » et « Knowledge and Technology Transfer »  de l’IEEPI. Les recherches de Julien Pénin portent sur l’économie et la gestion de l’innovation et, plus particulièrement, de la propriété intellectuelle. Ses travaux récents s’intéressent aux liens entre brevet et « open source » et aux stratégies d’entreprises dans des logiques d’innovation ouverte.

 

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