Et si le brevet n’était pas seulement un outil juridique, mais une manière de penser, de concevoir et de faire grandir une invention ? Cette conviction, Yann de Kermadec la porte depuis de très nombreuses années et défend une vision très concrète du brevet : un outil pour protéger, bien sûr, mais aussi pour chercher, créer, formaliser, coopérer et valoriser.

Aujourd’hui, cette culture brevet prend une forme très concrète : Yann de Kermadec est présent à la 125ème édition du Concours Lépine pour présenter parmi les 2025 inventions présentées KIB, un cycle étonnant, à la fois stable à l’arrêt et inclinable en mouvement. Une belle occasion de revenir avec lui sur ce lien intime entre invention, brevet et innovation.

Yann de Kermadec, vous êtes actuellement au Concours Lépine avec KIB. De quoi s’agit-il ?

KIB est un tricycle qui répond à une difficulté très simple à comprendre, mais techniquement complexe à résoudre : comment proposer un cycle stable à l’arrêt et à basse vitesse, tout en conservant le plaisir et la fluidité d’un vélo qui s’incline naturellement dans les virages ?
L’idée de KIB est de combiner ces deux qualités. Le cycle reste stable à l’arrêt, ce qui facilite la prise en main et rassure l’utilisateur. Mais dès que la vitesse augmente, il retrouve un comportement proche de celui d’un vélo, avec une inclinaison naturelle dans les virages.
La solution repose sur un système mécanique passif, fondé sur des ressorts. Ce système crée un léger effort de redressement, suffisant pour maintenir l’équilibre à basse vitesse et à l’arrêt, sans verrouillage et sans action particulière du cycliste.

À quels usages cette invention répond-elle ?

L’objectif est d’améliorer la sécurité, le confort et la facilité d’utilisation des cycles. KIB peut intéresser des publics très différents : les familles, les seniors, les personnes moins à l’aise avec l’équilibre à vélo, mais aussi plus largement tous ceux qui recherchent un cycle plus rassurant sans renoncer à la sensation de conduite d’un vélo. C’est précisément ce qui étonne les visiteurs du Concours Lépine : ils découvrent un objet qui associe deux caractéristiques que l’on oppose souvent, la stabilité et l’inclinaison.

Pourquoi le Concours Lépine est-il un lieu important pour ce type de projet ?

Le Concours Lépine est un lieu très particulier. On y présente des prototypes, des idées, des solutions concrètes. On y rencontre directement le public. On voit immédiatement ce qui surprend, ce qui plaît, ce qui interroge. Pour un inventeur, c’est un moment très précieux, parce que l’invention sort de l’atelier. Elle se confronte aux regards, aux usages, aux questions. C’est souvent à ce moment-là qu’on mesure si une solution technique rencontre un vrai besoin.
Dans le cas de KIB, le prototype intrigue parce qu’il rend visible une promesse simple : un cycle plus stable, plus accessible, mais toujours vivant dans sa conduite.

KIB fait bien évidemment l’objet de demandes de brevets. Pourquoi est-ce important ?

Lorsqu’une solution technique est simple en apparence, il est encore plus important de bien la protéger.
La solution mise en œuvre dans KIB est mécanique, passive et adaptable à différents types de cycles. L’enjeu n’est donc pas seulement de protéger un prototype, mais de couvrir correctement une famille de solutions possibles.
C’est là que le brevet joue pleinement son rôle. Il oblige à clarifier ce qui est réellement nouveau, à identifier les éléments techniques essentiels, à décrire les variantes possibles et à construire une protection cohérente avec les usages futurs.

Vous dites souvent que le brevet n’est pas seulement un outil de protection. Que voulez-vous dire ?

Le brevet est bien sûr un outil de protection. Mais il est aussi beaucoup plus que cela.
C’est une source d’information technique exceptionnelle. C’est un langage de conception. C’est un outil pour structurer une idée, comparer une solution à ce qui existe déjà, formaliser une invention et dialoguer avec des partenaires.
J’aime dire que le brevet est une sorte de couteau suisse de l’innovateur. On ne l’utilise pas toujours de la même manière, mais il peut servir à beaucoup de choses : chercher, comprendre, créer, protéger, négocier, coopérer, valoriser. La propriété intellectuelle, et en particulier le brevet, ne doit pas être réduite à une arme juridique ; elle peut être un outil de coopération, de créativité, d’innovation, de stratégie et de conception. Plus qu’un langage encore, c’est bien de culture brevet dont il s’agit !

Pourtant, la culture brevet reste encore insuffisante en France…

Oui, et c’est un vrai paradoxe. Les bases brevets constituent une source d’information technique remarquable, mais elles sont encore trop peu utilisées par les innovateurs.
On considère souvent les brevets comme illisibles, réservés aux spécialistes ou aux juristes. Or, lorsqu’on apprend à les lire, ils deviennent un formidable modèle de structuration des connaissances pour l’innovation.
Les chiffres montrent que l’enjeu reste majeur. En 2025, l’INPI a enregistré 16 807 demandes de brevets en France, en hausse de 8,7 %. C’est encourageant. Mais, à titre de comparaison, l’office allemand des brevets a recensé environ 62 000 demandes en 2025, dont environ 42 000 d’origine allemande.
Et à l’échelle mondiale, certains acteurs industriels disposent de portefeuilles d’une ampleur considérable : Samsung compte ainsi plus de 106 000 familles de brevets actives, selon le classement Global 250 d’IFI Claims.
Ces écarts ne disent pas tout, bien sûr. La qualité d’un brevet compte autant que le volume. Mais ils rappellent une réalité : la culture brevet est un véritable marqueur de maturité technologique, industrielle et stratégique.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux innovateurs ?

Ne considérez pas le brevet comme une formalité de fin de parcours.

Avant de déposer, il faut chercher. Avant de protéger, il faut comprendre ce qui existe. Avant de revendiquer une invention, il faut savoir la décrire, la distinguer, la positionner.
Le brevet n’arrive pas après l’innovation. Il accompagne l’innovation. Il aide à la faire mûrir.
Avec KIB, on voit très concrètement ce cheminement : une idée, un besoin, une solution mécanique, un prototype, une confrontation au public, puis une stratégie de protection pour sécuriser le développement futur.
C’est exactement cela, la culture brevet : faire du brevet non pas un réflexe défensif, mais un réflexe d’innovation.

Un mot pour conclure ?

Le Concours Lépine rappelle une chose essentielle : derrière chaque invention, il y a une intuition, du travail, des essais, des ajustements, parfois des doutes, et toujours une volonté de résoudre un problème concret.
Mais pour qu’une invention puisse grandir, être partagée, industrialisée, transmise ou valorisée, elle doit aussi être pensée dans son environnement technique, économique et juridique.
C’est là que le brevet prend tout son sens. Il ne remplace pas l’invention. Il l’éclaire, la structure, la protège et lui donne une chance supplémentaire de devenir une innovation.

 

Merci à Yann de KERMADEC d’avoir accepté de partager son expérience autour de KIB, du Concours Lépine et de la culture brevet, et pour son engagement fidèle aux côtés de l’IEEPI. Retrouvez Yann au concours Lépine, pendant la Foire de Paris, à « Paris Expo Porte de Versailles », du 30 avril au 11 mai sur le stand V9.

Si vous souhaitez retrouver Yann de KERMADEC dans une de nos prochaines formations, inscrivez vous à la session L’arbre des moyens : innover et préparer les brevets – Formation PI – IEEPI
Si vous souhaitez aller plus loin sur la culture Brevet, inscrivez vous à la prochaine formation Innover grâce aux brevets – Formation stratégie PI – IEEPI animée par Florian ANTOINE.
Retrouvez aussi le livre de Florian « Inventeur, mode d’emploi » aux éditions L’HARMATTAN, paru le 28/11/2024. Un livre essentiel sur la fabrique de l’innovation !